Châssis photographique sur mesure pour chambre ancienne
Comment fabriquer un châssis photographique sur mesure pour une chambre ancienne ?
Les chambres photographiques anciennes nous parviennent rarement complètes. Il n’est pas inhabituel de retrouver une belle chambre en bois, parfaitement utilisable, mais dépourvue de son châssis d’origine. Et lorsqu’un châssis est encore présent, son état ou sa conception (chassis à rideaux par exemple) ne permettent pas toujours de l’utiliser de manière fiable. C’est particulièrement vrai pour la pratique du collodion humide, où le châssis doit pouvoir recevoir une plaque de verre ou de métal tout en étant exposé au nitrate d’argent corrosif.
Faut-il pour autant renoncer à utiliser une chambre ancienne parce que son châssis a disparu ?
Heureusement, non. Il est possible de fabriquer un châssis photographique entièrement sur mesure, adapté à la chambre, au format de plaque souhaité et à la pratique du photographe. Dans cet article, nous allons suivre les principales étapes de fabrication d’un châssis destiné au collodion humide pour une chambre de 1869, depuis la prise de mesures jusqu’à la première plaque réalisée avec celui-ci.
Peut-on fabriquer un châssis sur mesure pour une chambre photographique ancienne ?
Dans la très grande majorité des cas, oui. Contrairement aux chambres photographiques modernes, les chambres anciennes n’utilisent pas de dos standardisés. Chaque constructeur employait ses propres dimensions, et celles-ci pouvaient également varier d’un modèle ou d’un format à l’autre chez un même constructeur.
Il est donc souvent illusoire de chercher pendant des mois le châssis d’origine parfaitement compatible avec une chambre ancienne. Même lorsqu’un modèle semble correspondre, quelques millimètres peuvent suffire à empêcher son montage ou à modifier la position de la plaque et donc fausser la mise au point. La fabrication sur mesure permet au contraire de partir directement de la chambre existante.
Le châssis peut ainsi être conçu en fonction de la géométrie de son dos, de son système de fixation et du format de plaque souhaité : 9 × 12 cm, 13 × 18 cm, 18 × 24 cm, 8 × 10 pouces ou encore des formats plus atypiques.
Il faut donc distinguer deux situations : les chambres modernes équipées d’un dos standardisé de type springback, pour lesquelles de nombreux châssis existent déjà et sont même disponibles ici en boutiques, et les chambres anciennes dont le dos nécessite la fabrication d’un porte-plaque spécifique. Cette dernière situation n’est pas nécessairement un problème. Elle permet même parfois de redonner vie à des chambres centenaires qui seraient autrement condamnées à rester des objets décoratifs.
Prendre les dimensions du dos d’une chambre photographique ancienne
La première étape consiste à examiner précisément le dos de la chambre. Il ne suffit pas de mesurer sa largeur et sa hauteur. Le châssis doit s’insérer correctement dans les différentes feuillures du dos et être maintenu suffisamment fermement pour éviter tout déplacement pendant la prise de vue. Plusieurs dimensions sont donc importantes : largeur et hauteur de l’ouverture, profondeur des feuillures, épaisseur disponible pour le châssis, système de maintien et position du plan de mise au point. Ce dernier point est essentiel.
Lorsque l’on effectue la mise au point sur le verre dépoli, l’image se forme exactement à la surface de celui-ci. Une fois le dépoli remplacé par le châssis, la surface sensible de la plaque doit se retrouver exactement au même endroit. Un décalage d’un millimètre peut suffire à provoquer une erreur de mise au point, particulièrement avec une optique lumineuse utilisée à pleine ouverture.
La fabrication commence donc toujours par une prise de mesures précise de la chambre elle-même ou de son dos s’il est amovible.
Concevoir les différentes pièces d’un châssis photographique sur mesure
Une fois les dimensions relevées, il faut transformer ces mesures en un véritable châssis.
Celui-ci est constitué de plusieurs éléments ayant chacun une fonction précise :
le corps principal qui a pour fonction d’épouser la forme de la chambre photographique pour s’y insérer et de guider le volet
l’âme qui constitue le coeur du chassis en recevant la plaque et en contenant le piège à lumière du volet
le dos qui lui assure la parfaite étanchéité à la lumière ainsi que le bon maintien de la plaque par un ressort presseur
La conception doit répondre à plusieurs contraintes parfois contradictoires. Le châssis doit être suffisamment rigide pour maintenir parfaitement la plaque, mais rester aussi compact que possible. Il doit être étanche à la lumière tout en permettant une manipulation rapide. Et dans le cas du collodion humide, il doit également être suffisamment simple à charger et décharger puisque la plaque doit être utilisée quelques minutes seulement après sa préparation. Le choix d’un dos aimanté avec ressorts amovibles permet de répondre aux besoins des photographes et c’est la solution que je retiens majoritairement.
Les trois parties principales du chassis sont ensuite modélisées pour partir en fabrication. L’usage de filament PETG assure une excellente résistance mécanique, chimique et ne bonne rigidité . C’est également à cette étape que l’on peut adapter certains détails aux besoins du photographe plutôt que de reproduire systématiquement la conception d’un châssis du XIXe siècle.
Assembler un châssis photographique destiné au collodion humide
Une fois les différentes pièces préparées vient l’étape de l’assemblage. C’est ici que le châssis commence réellement à prendre forme. Un premier montage à blanc permet de vérifier que l’insertion dans la chambre est bonne et que le chassis répond à toutes les contraintes géométriques observées (feuillures , encoches, rainures etc).
L’ajustement des différentes pièces doit être suffisamment précis pour assurer l’étanchéité à la lumière sans rendre les manipulations difficiles. Une attention particulière est portée aux zones de contact entre les différents éléments ainsi qu’au passage du volet.
Le collodion humide impose également quelques contraintes particulières. Contrairement à un plan-film sec que l’on peut charger tranquillement à l’avance, une plaque au collodion doit être préparée, sensibilisée dans un bain de nitrate d’argent, placée dans son châssis puis exposée alors qu’elle est encore humide.
Le châssis est donc un véritable outil de travail. Sa conception doit privilégier la fiabilité et la simplicité des manipulations sur le terrain.
Peut-on réellement utiliser une chambre ancienne pour faire du collodion humide aujourd’hui
Absolument — et c’est probablement la partie la plus intéressante du projet. Une fois le châssis terminé, il reste à effectuer le véritable test : préparer une plaque, la sensibiliser, charger le châssis et réaliser une photographie. C’est aussi ce qui permet de valider définitivement la fabrication. Le châssis doit être étanche à la lumière, maintenir correctement la plaque et surtout respecter le plan de mise au point de la chambre. Après développement et fixage apparaît enfin l’image.
Le résultat est assez fascinant : une chambre parfois construite en 1860, équipée d’un châssis fabriqué aujourd’hui, peut reprendre du service avec un procédé photographique inventé en 1851.
C’est tout l’intérêt du collodion humide : il ne s’agit pas simplement de collectionner ou de restaurer du matériel ancien, mais de continuer à faire vivre ces appareils et ces procédés photographiques.
Un projet de châssis sur mesure ? Contactez-moi
Vous possédez une chambre photographique ancienne sans châssis, un porte-plaque devenu inutilisable ou vous souhaitez adapter votre chambre à un nouveau format ? Chaque chambre est différente, mais dans la grande majorité des cas, il est possible d’étudier la fabrication d’un châssis photographique sur mesure, notamment pour la pratique du collodion humide. Pour commencer, quelques éléments suffisent : des photographies de votre chambre et de son dos, ses principales dimensions et le format de plaque que vous souhaitez utiliser.
À partir de ces informations, je pourrai étudier votre projet avec vous et déterminer la solution la plus adaptée à votre matériel et à votre pratique.